Le développement émotionnel de l'enfant

Les récents travaux en neurosciences affectives et sociales nous démontrent que l'enfant est un être en construction et que son cerveau est beaucoup plus fragile, malléable et immature que ce que l'on croyait.

L'environnement social et affectif agit et modifie de manière significative le développement de son cerveau, aussi bien le cerveau cognitif que le cerveau émotionnel.

L'influence porte sur :

- le développement des neurones,

- la myélinisation (gaine qui entoure les neurones),

- la sécrétion des molécules cérébrales,

- les circuits neuronaux,

- les structures cérébrales,

- l'axe neuro-endocrinien qui régule le stress,

- les synapses (connexions entre les neurones)...

L'exploration et l'expression des  émotions constituent une stimulation nécessaire au développement du système limbique (cerveau émotionnel) et des liens qu'il entretient avec les autres régions du cerveau. 

C'est l'enfance qui construit l'être humain et les émotions sont capitales pour son développement.

L'importance des émotions

Les émotions nous renseignent sur nos souhaits et nos besoins profonds. Cela permet d'accéder à la connaissance et la conscience de soi, d'où l'importance de favoriser l'expression des émotions chez les enfants.

Si l'enfant ne se sent pas accueilli et respecté dans ses émotions, il va se déconnecter de ses ressentis pour ne pas souffrir.

C'est le cas lorsque dans l'enfance l'adulte interdit ou rejette les émotions désagréables jugées comme négatives : colère, tristesse, inquiétudes, pleurs...

Il faut savoir que l'expression des émotions est très importante non seulement pour apprendre à se connaître mais également pour apaiser et réguler le cerveau émotionnel (l'amygdale cérébrale qui apaise la sécrétion des hormones de stress).

Sans cela l'enfant commence à douter de sa valeur personnelle puisqu'il est nié dans ce qu'il ressent.

Les émotions refoulées se retrouvent alors liées aux centre de la survie (système nerveux sympathique et tronc cérébral) et sont directement associées à la peur et au manque de confiance en soi.

Refouler et nier les émotions dans la durée peut déclencher une libération chronique d'hormones de stress, inhiber l'apprentissage, la mémoire et baisser l'immunité.

Il est nécessaire de pouvoir exprimer ses émotions pour pouvoir réguler son stress, se sentir en sécurité et grandir en confiance.

Le fonctionnement du cerveau émotionnel

Le cerveau émotionnel gère :

  • la régulation des instincts de survie du cerveau archaïque en permettant le contrôle des réactions d'attaque ou de fuite,

  • l'olfaction,

  • l'apprentissage,

  • la mémoire.

Et plus particulièrement le cortex orbito-frontal qui assure un rôle majeur dans :

  • la capacité d'affection et d'empathie,

  • la régulation des émotions,

  • le développement du sens moral,

  • l'aptitude à prendre des décisions.

La maturation de cette aire cérébrale assure à l'enfant des capacités pour être en relation avec autrui et le savoir vivre ensemble.

Elle subit une poussée de croissance neuronale en multipliant les circuits entre 5 et 7 ans.

Ces qualités humaines sont indispensables pour la survie de l'espèce. 

Les relations sociales (parents, entourage) et les expériences affectives agissent profondément sur le cerveau de l'enfant et ont un effet sur :

  • le développement du cerveau cognitif et affectif,

  • la physiologie, la santé physique et psychologique,

  • le comportement,

  • l'expression et la gestion des émotions.

Pour que le cerveau d'un enfant se développe de manière optimale il a besoin de relations empathiques, soutenantes et aimantes.

Incidences sur le développement de l'enfant

Le cerveau émotionnel permet de ressentir toutes les émotions et le néocortex permet de les tempérer pour qu'elles ne soient pas envahissantes.

Hors, en dessous de 5 ans c'est le cerveau archaïque et le cerveau émotionnel qui dominent chez les enfants.

C'est seulement à partir de 6-7 ans que la partie du cortex qui contrôle les émotions commence à mûrir.

Donc jusque là l'enfant ne peut pas contrôler ses émotions.

Ses structures et réseaux neuronaux ne sont pas encore suffisamment fonctionnels.

A terme, la maturation du cerveau émotionnel est capital pour réussir à gérer les situations délicates sans agresser l'autre, sans fuir la situation ou sans rester dans un état de sidération.

Cette maturité affective permet au contraire  d'analyser la situation et de prendre du recul pour gérer les situations de manière adéquate.

L'amygdale qui se trouve dans le cerveau émotionnel stocke de manière inconsciente tous les traumatismes vécus dans les premières années de l'enfance. Les adultes n'en gardent pas le souvenir mais ses traumatismes continuent toute la vie à produire des effets nocifs. 

L'enfant et les colères

L'immaturité du cerveau émotionnel chez l'enfant va entraîner une difficulté à contrôler ses émotions et  l'amener à :

  • tempêter pour obtenir ce qu'il veut,

  • avoir des peurs incontrôlées,

  • ressentir de véritables angoisses,

  • vivre de très grands chagrins.

Il n'a aucune capacité à prendre du recul et à relativiser une situation. Ses pleurs et ses colères sont bien l'expression d'une émotion qui le submerge et qu'il n'arrive pas à gérer.

Et il faut savoir que l'enfant n'a pas la capacité de s'apaiser seul. Si l'adulte n'est pas présent pour aider l'enfant à réguler son émotion alors il va générer des hormones de stress (adrénaline et cortisol...) qui sont  très toxiques pour son cerveau en développement.

L'enfant a absolument besoin d'être rassuré, consolé, sécurisé pour pouvoir gérer ses émotions.

L'enfant et son environnement

L'entourage de l'enfant a un impact positif très important sur le développement global du cerveau de l'enfant.

Pour cela l'adulte doit être empathique et comprendre les émotions de l'enfant, l'aider à les exprimer et l'apaiser lorsqu'il vit des émotions fortes qui le submergent.

Il s'agit de ne pas confondre cette attitude bienveillante avec du laxisme. Il est nécessaire de savoir dire "non" à un enfant mais c'est la façon de lui dire qui est très importante.

Lorsque l'adulte rassure, sécurise, console l'enfant avec une attitude douce et chaleureuse, un ton de voix calme et apaisant ainsi qu'un regard compréhensif, alors il permet au cerveau de l'enfant de maturer et il l'aide à faire face à ses émotions et ses impulsions.

Sans cela l'enfant n'arrivera pas à contrôler ses émotions et aura des réactions violentes (hurler, taper, mordre...) et va devenir petit à petit agressif ou anxieux, voir dépressif.

C'est ce que l'on appelle les troubles du comportement. 

Lorsque l'enfant est stressé, il est en souffrance et son mode de fonctionnement est dirigé vers la "survie", alors ses centres de la pensée et de la régulation peuvent tout simplement ne pas se développer.

Il est important de savoir que les neurones miroirs du cerveau permettent à l'enfant d'apprendre par imitation en regardant les adultes dans son entourage, aussi bien les comportements positifs que négatifs.

Un bon apprentissage et une bonne résolution de problème  exigent une implication active et une cohérence des adultes qui servent de modèles.

Les émotions et la santé de l'enfant

Il faut savoir que le système immunitaire est régulé par le système limbique, la région du cerveau qui traite les émotions.

Le système nerveux et le système immunitaire sont inextricablement liés sur le plan chimique et les émotions affectent naturellement le corps tout entier. 

Émotions et santé sont  donc étroitement interdépendantes. 

Les émotions refoulées sont génératrices de stress et le stress a pour conséquences de fragiliser les membranes cellulaires et de rendre les cellules vulnérables.

Les agents pathogènes (bactéries et virus) attaquent surtout les cellules sensibles. 

Lorsque le niveau de stress monte, les organismes responsables de la maladie peuvent parvenir à pénétrer dans les cellules et à nous rendre malade.

De même, le stress et les traumatismes de la petite enfance ont une incidence sur les chromosomes et ont pour conséquences d'accélérer le vieillissement, d'augmenter les maladies liées à l'âge et de raccourcir l'espérance de vie.

Pour grandir en bonne santé un enfant a besoin d'être  respecté dans ses émotions, de pouvoir les exprimer et d'apprendre petit à petit à se canaliser

 

Ce qu'il faut encourager :

  • Un environnement familial organisé, paisible, où l'enfant se sent en sécurité. 

  • Le besoin de stabilité des enfants avec des horaires fixes, des routines... 

  • Des réponses cohérentes de la part de l'entourage de l'enfant pour le sécuriser  et l'aider à se construire. 

  • La communication avec l'enfant et cela dès la naissance. Toutes les interactions (paroles, chants, babillage, portage, toucher...) sont des stimuli sensoriels qui favorisent l'apprentissage et la pensée.

  • L'expression des émotions et l'accueil des pleurs et des colères.

  • La sécurité affective de l'enfant : un enfant a besoin de se sentir aimé et a besoin d'attention.

  • Le respect de l'enfant : de sa nature, sa personnalité, ses goûts, ses désirs, ses capacités et ses rythmes (propreté, parler, marcher...).

  • L'accompagnement par le soutien, l'encouragement, les compliments...

  • Des limites et des règles claires qui sont alors vécues comme sécurisantes et contenantes pour les enfants.

  • L'apprentissage progressif de la frustration : Ne pas céder instantanément à tout ce que demande les enfants. Différer parfois de quelques minutes avant de donner satisfaction à la demande, ou trouver un compromis. 

  • Amener l'enfant à prendre soin de ce qu'il "possède" : livres, jouets, animal... 

 

Ce qu'il faut éviter :

  • Laisser un bébé pleurer seul : cela provoque anxiété et peur, ce qui est très néfaste pour le développement de son cerveau.

  • L'éducation par la peur, la menace et les punitions, qui terrorisent l'enfant et laissent des traces indélébiles sa vie durant.

  • Les fessées et les gifles qui atteignent l'enfant dans son intégrité, perturbent la confiance en soi et la sécurité intérieure.

  • Jouer à faire peur à son enfant. Il n'est absolument pas en capacité de la gérer avant 6-7 ans. (éviter également les histoires qui font peurs)

  • La petite phrase "c'est pas grave" lorsque l'enfant pleure après une chute, un chagrin, une peur... Il ne se sentira pas compris , donc nié et cela le poussera soit à refouler ses émotions, soit à basculer dans la frustration et les accès de colère.

  • Demander à un enfant de moins de 6-7 ans d'être sage, de ne pas bouger sur des temps longs. 

  • De reprocher à un enfant de "faire des caprices". Il est simplement submergé par son émotion et a besoin de votre compréhension.​

  • De laisser les enfants devant des écrans. Les études mettent toutes en évidence les conséquences négatives de la télévision sur le développement de l'enfant sur le plan relationnel, émotionnel et cognitif.

  • De se moquer et d'isoler un enfant en colère. Cela ne fera que renforcer sa frustration et altérer sa confiance en lui. 

  • De tout décider pour les enfants. Cela retarde l'accès à l'autonomie et n'encourage pas l'accès au respect de soi et des autres. Au contraire, les laisser prendre des initiatives en ce qui concerne : l'habillage, l'alimentation, le choix des livres et des jeux...

On en parle :

Conférence d'Isabelle Filliozat : La Figure d'attachement